communiqué

«painting is not television»

Dans l’espace de Montréal Télégraphe, James Newman présente une nouvelle série de toiles de très grand format et des boîtiers lumineux. En regardant ce corpus, l’on ne peut faire abstraction de l’importance accordée à la mise à mort du sujet comme motif autoréférentiel de la modernité, surtout pour un peintre. Les clins d’œil à l’œuvre d’Andy Warhol abondent dans cette nouvelle série où violence, voyeurisme, séduction et faits divers interpellent notre rapport au monde, ce village global devenu de plus en plus médiatisé, informatisé, recyclable, mis en boîte. Alors que le geste de s’approprier des images de la culture populaire dans les années soixante traduisait l’esprit critique d’un courant de contre-culture, Newman nous projette ici le malaise de cet héritage lorsqu’il n’y a plus d’éthique et de propriété intellectuelle.

L’abondance et l’accès immédiat à un nombre croissant d’informations par le biais de la presse écrite et électronique, de chaînes télévisuelles multiples, de l’internet, ne pose plus de la même façon le traitement de l’information puisqu’il y a conséquemment mort d’auteur. Sans auteur, sans sujet, ces images vidées de leur contenu participent à l’organisation spatiale et picturale de la toile: images de guérillas, de voitures accidentées, de séduisants et éthérés mannequins d’une série télévisée branchée «Fashion File», de «Ed Sullivan», etc. deviennent des motifs sériels parmi tant d’autres. Ces couches d’informations, rappelant la technique du photomontage, miment nos habitudes télévisuelles, passant d’une chaîne à l’autre, d’un bulletin de nouvelles à un message publicitaire, et recréent cet effet de «zapping». Newman passe allègrement de la «souris» au pinceau. Cela se vérifie dans la composition et le traitement des images où l’on sent une forme de résistance entre le geste de peindre, qui est un acte accumulant le temps, et celui de retranscrire une urgence, une sensation de non permanence, d’immatérialité, de big-bang de fin de siècle, en s’adonnant paradoxalement à rendre ces composantes cathodiques dans le prolongement d’une tradition picturale.

«painting is not television» démontre une fois de plus que la peinture comme genre n’est pas morte. Au contraire, cette exposition témoigne d’une vitalité et du plaisir de peindre au sens premier. Conceptuellement, elle pose également avec justesse la notion de perte comme condition post-moderne.

-  Marie-Josée Lafortune, décembre 1999